Projection Internationale Dakar : présences du Futur (2020)

Les objets parlent-ils ?

Histoires d'imaginaires, récits et oralité partagés.

avec l'Ecole Européenne Supérieure de l'Image Poitiers-Angoulême

encadrée par François Delaunay, Colin Peguillan, Mamadou Khouma Gueye, Emmanuelle Chérel

auxquels sont associés des artistes et théoriciens (Minuss, Babacar Mbaye Ndaak, Baba Diop) et l'anthropologue Bernard Müller,

D'octobre à mai, séjour à Dakar mi mai-début juin 2020 pour la Biennale Dak'art.

 

Ce projet participe aux processus récents de relectures des collections des musées dit ethnographiques qui réexaminent l'histoire des savoirs et des pratiques patrimoniales existantes.

 

Avec des médiums aussi divers que la vidéo, la photographie, le dessin, l'installation, la création sonore, la bande dessinée, le vidjin, et l'animation, les étudiant.e.s produiront des œuvres proposant de nouvelles manières de faire émerger des récits et des histoires, à partir des propos des africains de la diaspora énoncés face aux objets des collections extra-européennes du musée d'Angoulême ou de d'autres musées de France (musée du quai Branly par exemple). Ce travail d'enquête sera ensuite poursuivi à Dakar, selon des modalités spécifiques à chacun des projets des étudiants. La fabulation et la fiction pourront nourrir ce travail d'investigation.

Comment ces personnes, ces communautés perçoivent ces objets scellés dans l'espace de nos musées occidentaux ? Que peuvent-elles en dire, en penser ? Ces objets sont-ils, pour elles, porteurs de récits ? Si oui, de quelle histoire et imaginaires, ces objets sont-ils l'expression, les traces et les témoins? Est-il possible de repenser ensemble d'autres rapports à ces formes archivées et figées ? Peut-on par des récits différents ou de nouveaux dispositifs inventer de nouvelles réappropriations qui prennent en compte les cultures et les imaginaires contemporains  ?

Il s'agira pour les étudiants de se saisir de toutes ces questions pour générer des oeuvres singulières proposant en dialogue avec nos invités africains, des possibilités de questionner différemment notre rapport à ces formes patrimoniales du continent africain, afin de repenser leur devenir et leur rôle, dans le contexte d'une Afrique qui se réapproprie ses patrimoines, réécrit son histoire, et invente de nouveaux rapports aux formes muséales.

Démarche

 

Rencontre des étudiant.e.s avec des africains de la diaspora à Poitiers, à Angoulême, à Nantes, au musée d'Angoulême ou dans d'autres institutions, autour des collections d'objets d'art et ethnographiques africains. Des collectes sonores et filmiques de leurs propos seront effectuées.

A partir de cette première étape, avec nos interlocuteurs et nos invités (slameur, réalisateur, conteur anthropologue...), les étudiant.e.s inventeront des modalités de mise en forme de ces récits.

Cette démarche sera poursuivie à Dakar (notamment aux Musée Théodore Monod, Musée des civilisations noires...mais aussi auprès des interlocteurs que les étudiant.e.s souhaiteront rencontrer : artistes, praticiens traditionnels, artisans,...)

Aux objets muséaux, pourront être associés les récits produits à partir d'objets personnels avec lesquels, ces personnes entretiennent une relation affective forte, en écho à leur histoire personnelle (contexte familial, social, économique, politique, culturel, historique, etc). Ou d'autres fabulations (voir par exemple les œuvres de Selly Raby Kane, François Knoetze, Tabita Rezaire, Maurice Hermes Mbikayi, Josefa Ntjam ou les romans de science-fiction de Jonathan Dotse, Amos Tutuola,.. )

En parallèle, les étudiant.e.s mèneront un travail de recherche sur les objets ethnographiques et leur documentation scientifique à partir des ressources matérielles et scientifiques des collections ethnographiques. Ils inventeront des dispositifs singuliers qui permettent des mises en récit et en scène expérimentales (installations sonores, vidéo, animation, bande dessinée, univers 3D, vidjin, performances, etc).

Les étudiant.e.s interrogeront la dimension « auratique » des objets, au regard des histoires complexes et souvent tues, dont ils sont les catalyseurs. En référence au concept d'objets-personnes développé par Nathalie Heinich, les étudiant.e.s proposeront des formes artistiques qui interrogent la chaine des formes, des savoirs, des connaissances et des usages qui les constitue au regard des situations sociales, culturelles, politiques, sociologiques contemporaines (voir par exemple le projet Toward a vocabulary for Vernacular Algorithms de l'artiste Tegan Bristow qui étudie des cultures technologiques locales et les relations avec les usages numériques en Afrique du Sud, au Kenya, au Nigeria et travaille sur les algorithmes vernaculaires dans le tissage traditionnel et leur apport dans les pratiques de code informatique),

Le travail sera pensé de manière collaborative, avec nos interlocuteurs africains, de manière à ce que la réappropriation des histoires autour de ces objets soient envisagée, comme une co-écriture partagée.

Les formes contemporaines de l'oralité seront particulèrement expérimentées d'un point de vue artistique, notamment, en s'appuyant sur les pratiques multiples de la mise en scènes des récits au Sénégal (slam, conte, théâtre forum, lecture interactive conférence/performance, etc).

 

Les étudiant.e.s de l'ESBANSN seront accompagnés pédagogiquement par Emmanuelle Chérel et Mamadou Khouma Gueye. 3 ou 4 rencontres entre octobre et avril, des étudiant.e.s de l'ESBANSN et de l'EESI, seront organisées à Poitiers puis ils se retouveront à Dakar.

 

Une sélection des productions artistiques des étudiant.e.s sera effectuée, dans la perspective de leur présentation, en mai 2020, lors de la biennale de Dakar, dans le cadre du projet de recherche Ateliers de troubles épistémologiques.


« On n’y voit (toujours) rien, mais ça s’écoute mieux ! »
Une histoire de Dakar en mouvement aux disciplines du visuel sonore et réciproquement
Daniel Perrier, Mamadou Khouma Gueye


Contexte
Dans la métropole internationale Dakar, urbanité en flux, en mosaïque, en mutations, différents espaces sensoriels coexistent. Alors que les cultures sénégalaises et de l'Afrique de l'ouest sont traditionnellement marquées par l'oralité et la musique, les réalités contemporaines urbaines sont elles aussi traversées par des phénomènes sonores complexes. Chaque quartier a ses propres sonorités, chaque corps de métier (les artisans sont nombreux dans les rues), chaque culture (la ville et ses banlieues sont composées d'une multitude d'ethnies, de nationalités), qui conduit à des entrelacs entre cultures traditionnelles et urbaines, locales et internationales.


Propos
La projection internationale à Dakar « On n’y voit (toujours) rien, mais ça s’écoute mieux ! » s’intéressera au comment nous pourrions mener une investigation anthropologique et poétique sur les mouvements d’une ville en utilisant les pratiques de la captation et du montage sonore au-delà de l’image. Cette recherche invente et déplace « l’écouter-voir » pour aller vers un « entendu-écouter ». Elle cherche à construire une polysémie polyphonique où plusieurs « voix » et registres sonores s’élèvent pour, tour à tour, faire entendre la profondeur d’une ville, c’est-à-dire la ressentir depuis un point singulier entre nos deux oreilles…

 

Coeur de citée ou périphéries, huis clos ou places publiques, palabres, discussions ou chansons, bruits
et activités divers énoncent le lieu de la rencontre, du réel et de ses fictions, de l’imaginaire et du récit
à venir. Processus d’écoute, de captation, d’écriture, de montage et de diffusion constituent quelques-uns
des enjeux du projet.

 

Organisation
De novembre à mai des séances de travail permettront de définir les projets de chaque étudiant, ainsi qu'un projet collectif qui pourra réunir l'ensemble des propositions (une émission radio ? une installation ?). A Dakar, au delà des dérives et des déambulations urbaines, nous rencontrerons des interlocuteurs variés (anthropologues, urbanistes, journalistes, artisans, slameurs, rappeurs, conteurs, musiciens…) dont les pratiques et les usages nous permettront de développer une perception et une
expérience sonores renseignées afin de mener à bien les différents projets. Le projet est proposé à un groupe de 6 étudiants en Master 1 dans la période du 15 mai au 4 Juin 2020.

 

Les étudiants intéressés doivent envoyer une documentation sur le travail plastique en cours ainsi qu'un
texte précisant leur motivation ou énonçant les premières idées d'un projet/sujet.

 

Ecouter Lire
Bernie Krause, field recordist d’environnements sonores sauvages
https://youtu.be/osgERQKVrhA


Knud Viktor, field recordist bricoleur par excellence
https://youtu.be/FKmfDy6xvfk


Peter Lenearst, plasticien sonore
http://www.surfacenoise.be/peter

https://vimeo.com/63857441


Arseny Avraamov, compositeur russe (1886-1944)
Symphony Of Factory Sirens (Public Event, Baku 1922)
https://youtu.be/Kq_7w9RHvpQ


Alexandre Castant , « Planètes sonores, radiophonie, arts, cinéma », Monografik
Kaye Mortley, « La Tentation du son », phonurgia nova
Marc Augé, ethnologue et anthropologue, a conceptualisé la notion de « non lieux »
« Non-lieux, introduction à une anthropologie de la surmodernité », Seuil, 1992.
« Pour une anthropologie de la mobilité », Payot & Rivages, 2009.
« Carnet de route et de déroutes », Galilée, 2010.
Bruce Bégout, philosophe et écrivain
« Zéropolis. L'expérience de Las Vegas », essai, Allia, 2002.
« Dériville : Les Situationnistes et la question urbaine », 2017.
« En escale. Chroniques aéroportuaires », Philosophie Magazine, 2019.


Portails
http://sonosphere.org/fr/presentation/le-site.html
http://phonurgia.fr

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